PRESENTATION / texte

Stéphanie Cailleau développe une œuvre polymorphe. Il serait d’ailleurs intitule de
cloisonner sa pratique dans un champ disciplinaire - bio art, land art ou art textile – peu
importe.
Car si le feutre est son médium, le paysage est sa toile.
L’artiste, non sans humour, se qualifie volontiers de « feutreuse tout terrain », c’est un fait,
Stéphanie développe aujourd’hui une pratique virtuose du feutrage. Ses œuvres sont créées ou
déployées in situ, elles se lovent sur rocher, se greffent sur arbre créant une
confusion quant à la nature organique de la matière et la croissance du vivant.
Confectionnés sur le paysage et les corps (Vêtement cabane) ses travaux sont pour le
moins énigmatiques ; le feutre - isolant thermique, phonique et matière imperméable -
apparaît comme être un élément protecteur, sensible et maternel (Enlaçoir, Peau de
caillou). A contrario, dans la nature ses œuvres font également office d’éléments
parasites et, en dépit de la beauté des formes, de la douceur du matériau, font
pointer ce caractère monstrueux, évoquant l’hybridation d’une ère postindustrielle,
celle des OGM et de l’après Tchernobyl. Ici les racines tentaculaires germent de la
roche, s’agrippent, se répandent dans le ruisseau (Germinéralisation).

Notons également la confection d’outils afonctionnels, par définition « in-outils », absurdes,
surréalistes, qui semblent se jouer d’une agronomie régressive, leurrée par ses visées
productivistes. Dérision, tension, hommage au paysage, cette œuvre ouverte,
drôle et chaleureuse se place délibérément du côté de la vie.

Régulièrement Stéphanie Cailleau invite les habitants à fouler le feutre, renouvelant ce
rituel social des temps anciens qu’elle intègre au processus même de ses travaux
posant ainsi avec humilité la question de notre emprunte sur la terre.

Philémon